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PAUL ROBINE

Né à Paris en 1872, Paul Robine appartient à une longue lignée d’architectes se poursuivant encore de nos jours. Il est admis à 21 ans à l’École des Beaux-Arts dans l’atelier de Gaston Redon (1). Paul Robine sort diplômé des Beaux-Arts en 1900.

Tout au long de sa carrière et jusqu’à sa mort en 1934, il construit de nombreux immeubles en Tunisie et à Paris. Les immeubles parisiens sont pour l’essentiel des hôtels particuliers ou des immeubles haussmanniens de belle facture (179 avenue Victor-Hugo, 35 avenue de la Motte-Piquet, avenue Raymond-Poincaré, 14, rue Nansouty, 8, rue de Berlin, actuellement rue de Liège) comme des immeubles plus modestes (164, rue de Belleville en 1910).

 

A une date inconnue, il devient architecte en chef des domaines de la Seine, architecte-expert auprès du tribunal de Commerce et du tribunal de première Instance de la Seine. Entre 1922 et 1924, il travaille pour la société Saint-Gobain pour laquelle il construira la Cité ouvrière de la glacerie Saint-Gobain Chantereine située à Thourotte dans l’Oise. A la fin de sa vie, il intègre le style Art déco à ses constructions et réalise pour de riches particuliers des villas et manoirs, tels que le château des Chaînées ou les villas jumelles du Coudray-Montceaux (Essonne).

 

Il décède le 17 novembre 1934 et est enterré au cimetière du Montparnasse au sein de la 4ème division.

Par sa femme, il était cousin de la famille Cherrier.

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LES RÉALISATIONS PARISIENNES

Parmi les immeubles réalisés, celui du 179 avenue Victor Hugo / 2-2bis avenue de Montespan retient l’attention par son architecture ambitieuse. Le bâtiment, construit en 1909 combine trois utilisations : un immeuble de rapport de très grand standing côté rue, un atelier d’artiste (photographe) et un hôtel particulier en retour d’angle vers l’avenue de Montespan, le long de laquelle il se prolonge par un jardin. Le traitement architectural de ses façades est particulièrement soigné :  volumétrie, modénature et serrureries présentent une grande variété d’expression. On retrouvera ce souci des détails au château des Chaînées, dans une esthétique bien différente.

 

La commission du vieux Paris a formé un vœu en faveur d’une Inscription sur la Liste Supplémentaire des « Protections Ville de Paris » au titre du PLU 2006.

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LES VILLAS ART-DÉCO DU COUDRAY-MONTCEAUX (91)

Sur un terrain de près de 10 hectares, Paul Robine construit allée de la Guiche au Coudray-Montceaux dans l’Essonne (91) deux villas dans un esprit très clairement Art déco. Villas quasi jumelles, elles se partagent dans le sens de la longueur ce terrain en proximité immédiate de la Seine, que seule la ligne de chemin de fer ne permet pas d’atteindre.

Ces deux villas ont servi de lieu de tournage à Jacques Rivette (1928-2016) pour son film « Merry-go-round » (1978). Elles comportent un vocabulaire architectural proche de celui du château des Chaînées : forme à corps central et deux ailes à 135 degrés, mêmes perron et porte de plein cintre en fonte de fer et verre, même type de modénature et de pilastres. La grande jardinière suspendue est également présente, bien visible dans le film de Jacques Rivette.

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Les similitudes sont importantes entre ces deux villas et le château des Chaînées. Bien évidemment, la dimension d’une villa (3 niveaux de 180 m²) n’a que peu à voir avec celle du Château des Chaînées (4 niveaux de 250 m² plus combles), mais si l’on ajoute un étage et des toits aux photos ci-dessus, on retrouve rapidement l’allure de la propriété de Chevregny. En outre les deux hall d'honneur ont un fort lien de parenté : courbure de l'escalier, dallage noir et blanc (dans un cas en petits mosaïques, de l'autre en grandes dalles carrées), doubles portes vitrées...

Quelle bâtisse servie de modèle aux deux autres ? Au regard des photos intérieures des villas du Coudray-Montceaux, nous serions tentés de dire que ces villas sont postérieures, car les éléments Art déco y sont plus clairement exprimés : rampe d’appui de l’escalier, baies vitrées… Paul Robine étant décédé en novembre 1934, ces villas pourraient être datées entre 1930 et 1934. SAns doute satisfait du travail effectué pour le château des Chaînées, Paul Robine aurait simplifié le dessin initial pour en conserver un archétype simplifié.

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LA CITE CHANTEREINE (OISE)

En 1922, au moment où l'entreprise Saint-Gobain s'installe à Thourotte dans l’Oise (60), elle fait construire une cité pour loger son personnel. Une partie des maisons ouvrières est financée par des propriétaires privés, actionnaires de la Compagnie de Saint-Gobain. M. De Marcé cède ainsi une partie de ses indemnités de dommages de guerre provenant du château de Carlepont. De même, Théry et Quequignon financent 25 groupes de maisons à 2 logements. D'autres propriétaires, comme Boyron et Cherrier (propriétaire du château des Chaînées à Chevregny), participent également au financement de cette cité.

Pour cet ensemble, l'architecte Le Corbusier réalise d'abord un projet de maisons déclinées en trois types, proche du modèle théorique du Monol. Jugé finalement trop coûteux, ce projet est abandonné. Ce sont les architectes Paul Tournon, épaulé de son confrère compiégnois Henry Chappon, et Paul Robine qui réalisèrent la cité de Chantereine, en lien avec Ermant et Noullet, architectes de Saint-Gobain.

Répondant à la tradition sociale de l'entreprise, cette cité comporte plus de 350 logements répartis en cité haute et basse, ainsi qu'un immeuble réservé aux veuves et un autre pour les célibataires. Elle comprend également une école, une chapelle, un cinéma et des économats organisés autour d'une grande place. La plupart de ces équipements est achevée avant 1925. En 1970, la cité basse est détruite pour permettre la construction de la nouvelle ligne de fabrication. Depuis quelques années Saint-Gobain a revendue une partie des habitations à son personnel. L'école a été transformée en centre de formation et le cinéma, racheté par la ville de Thourotte, est réhabilité depuis juin 2000.

Les maisons ouvrières sont des maisons jumelles de type HBM, comportant 4 pièces d'habitation avec jardin clos et dépendance. Elles se déclinent suivant leur destination sociale et la composition familiale en quatre types architecturaux. Leur emplacement par rapport au site de production est également associé au statut de l'employé. Les maisons ouvrières sont construites au plus près de l'usine. Toutes sont construites en brique sur cave en pierre de récupération. La couverture est en tuile mécanique. Les maisons de contremaîtres ont un étage de comble éclairé par des lucarnes de toit. Les maisons de cadres et les immeubles destinés aux veuves et aux célibataires sont à un étage carré. Certaines maisons sont dotées d’une couverture à longs pans et pignons couverts ; d'autres sont en pavillon. Les équipements sociaux, scolaires, commerciaux et religieux sont construits en brique blanche avec éléments décoratifs en brique orangée.

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(1) Gaston Redon : architecte, il obtient en 1883 le Grand Prix de Rome et consacre ensuite l’essentiel de sa carrière à l’enseignement aux Beaux-Arts. Profondément désintéressé par l'architecture ordinaire, Gaston Redon réalise plusieurs dessins représentant des architectures fantastiques. Certains sont actuellement conservés au musée d'Orsay.