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LE PARC

Ce qui frappe au premier abord tout visiteur en entrant dans la propriété par le chemin d’accès, c’est l’aspect mystérieux et monumental de la bâtisse. Entourée d’importants bosquets d’arbres plantés lors de la reconstruction, le château ne se découvre qu’une fois la maison du garde-chasse largement dépassée.

Jouant du dénivelé important du terrain, le château est positionné sur un tertre. Ici, pas d’allée d’honneur, ni de route droite, le chemin d’accès serpente depuis la maison du garde-chasse et suit les courbes naturelles du terrain pour arriver à l’entrée proprement dite de la bâtisse. Le caractère vallonné du parc permet de dessiner un chemin de 350 mètres de long assurant pleinement l’effet de surprise.

On peut s'interroger à juste titre sur la volonté des commanditaires et de leur architecte de repousser le château quelque 300 mètres plus haut dans la colline. Les raisons en sont sans doute à la fois pratiques et esthétiques.

Sur un plan pratique, la région étant particulièrement humide, la construction à flan de coteau permet de disposer d'un bâtiment moins humide et baigné de lumière, principes chers à l'hygiénisme qui se répand alors au-delà des villes et constitue l'un des axes forts de la Reconstruction des années 20, tout particulièrement dans la zone du Chemin des Dames.

Sur un plan esthétique, le recul de la nouvelle bâtisse sur les hauteurs va permettre d'organiser un nouveau parc, à l'anglaise, jouant du dénivelé très important du terrain dans un dialogue permanent avec l'eau et les ruines de l'ancien château qui deviennent ainsi un élément fondamental du décor au même titre que les fabriques dans les parcs des XVIII et XIXème siècles. Mais si le romantisme de la fin du XVIIIe et du début du XIXème siècles enrichit les fabriques d'une dimension philosophique, dans le parc des Chaînées, les ruines prennent une dimension tragique comme un symbole permanent de la folie destructrice des Hommes.

Le positionnement du château en hauteur va permettre, enfin, d'organiser le parc comme un véritable décor de théâtre au service de la monumentalité malgré l'économie de moyens dans laquelle s'inscrit la construction du nouveau château. Il s'agit d'être vu, d'impressionner, d'afficher une modernité de bon aloi ... dans le respect de la tradition. 

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UN PARC A L'ANGLAISE

Le parc originel représentait une surface d'environ 8 hectares. Le parc est aujourd'hui malheureusement réduit à sa partie haute, ce qui restreint la lisibilité de l'ensemble et lui fait perdre une partie de sa signification.

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L'axe principal du parc est nord-est / sud-ouest. Grâce à la pente du terrain (sud-ouest), l'ensemble du parc reçoit une large lumière.

Cet axe n'est pas anodin, car il permet de relier les ruines de l'ancien château, l'étang et le nouveau château dans une seule perspective. L'aménagement des bosquets permet que rien n'arrête la vue depuis le grand salon et la chambre d'honneur du château : les propriétaires pouvaient ainsi contempler les ruines de leur ancienne demeure.

Après guerre, toute végétation ayant disparu, Paul Robine va pouvoir partir de la feuille blanche. L'architecte va organiser l'espace autour des vestiges de l'ancien château. Le schéma ci-dessus présente l'ensemble des chemins qui parcouraient le domaine : cinq d'entre eux convergeaient ainsi vers les ruines ; un très grand nombre de ces chemins a disparu au fur et à mesure du temps.

L'analyse des images vues du ciel établies par l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) montre une lente dégradation de l'entretien du parc. Si en 1949, l'ensemble des chemins est encore bien visible et la perspective château/étang/ruines bien nette, le développement des arbres et le manque d'entretien vont précipiter la disparition du dessein de l'architecte : en 1982, la plupart des chemins (indiqués en pointillé sur le schéma) a totalement disparu. Seule la grande tempête de 1999 va permettre de redonner pour quelques années seulement les perspectives et la visibilité des chemins de la partie basse du parc.

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Parc des Chaînées vu du ciel (1949, 1983, 2001, 2018) - (c) IGN

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ANALYSE ALTIMÉTRIQUE

L'architecte Paul Robine n'a pas seulement dessiné le parc sur un plan horizontal, mais s'est également préoccupé de l'organisation de l'espace vertical. L'analyse altimétrique montre en effet que le positionnement du nouveau château s'inscrit selon une logique de proportion dans son écrin végétal.

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Le dénivelé depuis la terrasse du grand salon montre en effet une hauteur de près de 20 mètres pour une pente moyenne de 9% et une plus forte pente de 24% correspondant à la butte sur laquelle repose la terrasse du grand salon. 20 mètres, soit la hauteur même du château.

L'écart entre l'altitude du village et le nouveau château est encore plus important : il oscille entre 15 et 30 mètres, auxquels il faut ajouter la hauteur même du château, soit entre 25 et 50 mètres. On comprend ainsi aisément l'efficacité du schéma théâtral et monumental choisi par Paul Robine.

Le château se laisse découvrir par la tranche (exposition nord-ouest) ne donnant qu’une vision partielle de la bâtisse. Ce n’est qu’arrivé à près de la moitié du parcours que la façade ouest se révèle dans toute sa théâtralité. Chaque pas amène une vision différente de la façade.

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Une fois la surprise passée, l’étonnement s’oriente vers le caractère extrêmement complexe de la toiture : toitures à pans, en pavillon, lucarnes, pentes et hauteurs de toits variées font de la toiture un enchevêtrement particulièrement agréable à l’œil. Cette complexité se retrouve également vue du ciel.

Enfin, le nombre particulièrement élevé d’ouvertures surprend : 110 fenêtres et portes-fenêtres, les étages principaux comportant chacun 26 fenêtres, soit une fenêtre pour 10 mètres carrés, ce qui rend l’intérieur de la bâtisse particulièrement lumineux.